- C'est moi !
- Caro ! Réveille toi merde !
J'étais assise dans mon lit, je frissonnais de peur, et de la sueur coulait dans ma nuque. Adeline était en train de paniquer, les yeux écarquillés, une main dans mon dos. C'est cela qui m'avait frappé ? Je mis quelques secondes avant de lui répondre et de revenir à la réalité.
- Non rendors, toi demain je t'expliquerais.
- Mais tu sais...
- T'inquiète.
Elle s'allongea les yeux fermés et je me levai vers la salle de bain. Je me rinçais le visage, et bus un verre d'eau. Je me regardais, le visage vide et pâle. Les yeux peureux, les lèvres pincées, les cheveux longs tombant jusqu'à ma poitrine. J'avais toujours essayait d'ignorer tous mes rêves, mes centaines de rêves sur ma vie, sur tout mais celui là était particulièrement frustrant. Il me disait les choses en face, m'affronter à une vérité évitée. J'ai une peur dans la vie, j'ai toujours essayait de l'éviter de la montrer. Je voulais être une fille forte sans peur, fonçant dans la vie sans vraiment réfléchir, affrontant la réalité. Mais cette peur m'avait empêché d'avancer, cette fois, moi. Je me sentais bête, une larme coulée sur mon visage et pourtant je n'étais pas triste, juste en colère.
Cette chaleur montait en moi, allait faire exploser mon cerveau et mon contrôle. Normal. Je retournais dans la chambre, elle dormait profondément. Mon réveil indiquait qu'il était 7h32. Je pris un jogging, un tee-shirt, je les enfilais rapidement. Sur la table du salon je laissai un mot « Je reviens, je n'ai pas mon portable mais je reviens avant 10h ». Je partis et descendis els escaliers les jambes crispées. Arrivée à la porte du hall, la pluie tombait et rebondissait sur le sol. Toute cette eau ... Je n'étais qu'en tee-shirt mais je sortis et je courus. J'allais vers Avermes, vers le lotissement et je courais. Je ne réfléchissais plus à rien mais une phrase se répétait en moi. « De ce que tu as le plus peur. Ton seul danger. » Pourquoi c'était la voix de Yann ? Pourquoi lui ? Nous étions proches mais ça aurait pu être n'importe qui d'autre ? Pourquoi lui ? Me faisait-il peur ? Je courais maintenant sur la piste cyclable, recouverte d'une fine couche de ce liquide transparente. J'avais chaud, malgré mes habits trempés, et ma peau froide. A l'intérieur j'avais chaud, ma sueur se mêlait à l'eau tombée du ciel.
Il faisait encore noir mais les nuages gris apparaissaient, les rues étaient vides, et les jardins se dévoilaient sous mes yeux. Cette étendue verte, ses arbres, et ce kiosque, tout était mieux ici. Je en savais pas pourquoi. Je n'avais pas grandi ici, je n'avais jamais vécu ici, juste que c'est ici que ma vie a pris un tournant. Toutes mes décisions, mes actes s'étaient ou se finissaient ici. Je continuais à courir, maintenant je savais où je voulais aller. Dans la brume, je voyais ses contours, son toit surplombées d'une grande croix.
Quelques minutes plus tard, j'y étais. J'aimais el parvis de l'église. Elle surplombait Avermes, le stade et la rue. J'étais assise sur les grands escaliers descendant dans la rue.
- Que fait tu ici mon enfant ?
Je me retournais vivement, en sursautant. Un prêtre était là une main sur mon épaule.
- Je réfléchis.
- Alors viens réfléchir à l'abri.
Il avait l'air d'un sage comme on n'en voit dans les contes. Son sourire montrait une rangée de dents blanches. Je connaissais le prêtre d'Avermes et pourtant je n'étais pas croyantes, ce n'étais pas lui.
- Je ne suis pas croyante, et je n'apprécie pas vraiment les églises.
- Ne vois pas cette bâtisse come une église alors et viens.
Je le suivis et passa par les grand porte de bois. A l'intérieur le bruit de la pluie sur els toits, résonnait, comme un rugissement. Il s'assit sur une des chaises arrière et je fis de même.
- A quoi réfléchissais-tu ?
- A un cauchemar troublant.
- Tu veux en parler ?
- C'est plus un psy qui m'aiderait qu'un prêtre.
- Tu sais j'ai vu beaucoup de cas dans mon existence.
Son sourire réapparut dans l'obscurité. Quel âge pouvait-il avoir ?
- Et bien, mon rêve était surprenant comme si il voulait me faire comprendre une chose : que j'avais peur de moi-même. C'est vrai mais je ne comprends pas pourquoi c'est un ami qui me la criait et ...
Je lui contai mon rêve, et pourquoi je pensais que cela était vrai. Il m'écoute. Cela me soulagea car lui était extérieur à toutes mes actions. Au bout d'une heure, il me demanda si je croyais en Dieu.
- Non, enfin j'y ai cru mais j'ai perdu mon meilleur ami, il n'avait que dix ans et moi neuf. J'ai trouvé ça injuste, qu'un dieu puisse prendre un enfant si jeune, pur et l'avoir fait souffrir avant dans des hôpitaux. Si Dieu fait ça, je ne peux pas y croire.
- Pourtant tu y crois ?
- Il faut bien s'accrocher en quelque chose. Je crois en Jésus mais pas en Gabriel. Marie est pour moi une femme qui a fait un enfant dans les lois de la Science. Et Jésus a su diriger des hommes, les guider et son récit a été écrit. Cela peut vous paraître absurde à vous mais ...
- Non, chacun a son opinion. C'est normal que tu penses ça. Mais je te rassure Dieu ne tue pas par plaisir, et ne prends des enfants si il n'a pas le choix.
- Je ne comprends pas et je ne comprendrais pas.
- Dieu n'est pas parfait.
- Si Dieu peut faire mal, alors le diable peut faire du bon ?
- Surement. L'un ne marche pas sans l'autre.
Nous continuons à parler pendant une autre heure. Il me donna une bible.
- C'est la mienne, des passages sont soulignés, je pense qu'ils t'aideront. Peut-être que tu n'y crois pas comme les autres croyants mais je suis sur que tu t'accroches à quelque chose. Ces passages sont souvent révélateurs de solutions et même si tu penses que la bible a été écrite et faussée, ce sont tout de même des hommes qui l'ont écrite.
Je la pris dans mes mains, sa couverture était marron et déchiré. Je l'ouvris et je vis l'écriture de prêtre dans la marge.
- Je vous remercie.
- Rentre et avance maintenant.
- J'essaierais.
Je sortis de l'église, mes vêtements étaient toujours trempés, et mes pas résonnaient. Quand je sortis la pluie était devenue une sorte de brume et le soleil pointait le bout de son nez. Je repris le chemin du retour en marchant. J'avais le temps de rentrer à l'heure. Dans la ville, la vie commençait. Des gens marchaient dans la rue, sans rien dire, sans intention un peu comme moi je pense. Je passais à côté de la maison de Romain. Sa fenêtre était entrouverte, était-il déjà levé à 9h30 ? Je sifflais un coup en crachant doucement son nom. Il apparut, la tête mal réveillé, et sa main sur son visage.
- Je suis vraiment en retard je crois.
- Non, je passais par là et j'ai vu ta fenêtre ouverte.
- Attends je descends.
- Amène ta carte de bus, je vais le prendre pour rentrer.
Il acquiesça et je le vis disparaître. Je fus soudain empreint d'une nostalgie. Avant tout était si simple dans ma tête. Il y a deux ans, je n'étais qu'une fille sans intérêt cherchant ce que j'allais devenir dans sa bande de filles qui étaient comme elle. J'avais rencontré Romain à al rentrée. Il avait la tête des mecs que je détestais. Puis est venu le sport avec lui. Je détestais le volley, et vu ma maladresse c'étais normal.
Je me souviens de mon appréhension. Je le haïssais sans aucune raison et pourtant nous devions collaborer pour réussir à avoir une note convenable. Plus el temps passait, plus je m'étais rendu compte que je l'aimais bien puis l'été est venu. L'amitié grandissait, comme nous, et on avait même dérapé. Simple accident. A l'époque, on se prenait pas la tête maintenant j'ai l'impression que tout est compliqué. Je sais que je ne peux pas me passer de lui, que je l'aime comme un frère – que je n'aurais jamais – et que c'est mon meilleur ami. Pourtant des fois, j'aimerais revenir à cette époque, où je ne faisais pas attention aux autres, à qui j'avais tourné le dos pour le voir. Maintenant quand on se prend la main, quand se fait des bises, ou quand je passe mon temps à rire avec lui, ou dans ses bras, on nous critique. Il parait que cette amitié est trop appuyé, trop tactile te pourtant je ne veux pas changer. Pour sur, Luc n'est pas jaloux enfin j'espère qu'il ne l'est pas, et qu'il n'écoute pas les autres.
- Salut ma grande ! Qu'est que fait ici ?
Il était là devant moi, je ne l'avais même pas vu sortir.
- Salut. Je traine, tu me connais je réfléchis.
- Ca donne quoi ?
Je haussai les épaules, un peu triste de ne pas savoir.
- Dis-moi tout.
Je lui racontais mon rêve et mon départ précipité, ma rencontre, et mon cadeau. Il ne fut pas surpris que je fasse un rêve comme ça, ni que je fuis chez moi en courant mais par contre que j'aille à l'église le dépassait. Je lui fis par de mon inquiétude et de Yann dans mon rêve.
- C'est normal, il est là pour toi, sans vraiment que tu el saches. Il a un fort caractère, même très fort mais des fois je te jure qu'il te ressemble vraiment. Dans des paroles, des actes, des façons d'agir, comme des fois tu ressembles à Steve surtout quand il est énervé contre Ade.
- Je ne savais pas.
- Tu n'es pas non plus leur s½ur jumelle.
Nous restâmes un moment à parler, et cela alléger mon c½ur de doutes. Il était là à écouter, sans vraiment rien répondre. Il me faisait rire et m'enleva quelques peurs.
- Cette après-midi, on se voit ?
- Oui si tu veux, Mardi, ma famille arrive. Il nous reste aujourd'hui et demain.
- Non, je voulais dire se voir sans les autres.
- Depuis le temps que je te le demande Roro !
Le reste de ma journée se passa sans accros. Je repartis en bus vers chez moi, Adeline était à peine levée. Elle était à peine surprise que j'eus disparus. Ma mère m'avait crié dessus : sans importance. L'après-midi, Adeline alla rendre visite à son père - une obligation plutôt – alors que moi j'avais regardé un film stupide avec Romain. On était comme deux enfants sortant de l'école primaire. Mais au moins, nos rires avaient un peu effacé mes « soucis » imaginaires.